Le Carnet des Fines Plumes du Club de Canoë-Kayak d'Uzerche

Ici des membres du Club de Canoë-Kayak d'Uzerche, inspirés et à l'écriture alerte, nous font part de leur humeur du moment.

 

Regardez ce que vous avez fait

Dimanche 14 décembre

A toi Rémi, Antoine, Gürgen, Guillaume, Manon, Mathieu, Jean-Phi, Pierre, Matthias et Mathilde, Sylvain, Marc, merci pour cette journée, pour votre présence. A toi Sophie, Nicolas, Helena, Miku et les autres, vous qui n’étiez là que la veille et parce que vous nous avez manqué, merci d’être passé nous voir.

J’aurais pu vous raconter une histoire de plus, une de plus que vous ne lirez sans doute pas vraiment, une histoire pourtant basée sur des faits purement authentiques. Vous en seriez les acteurs principaux et vous auriez joué votre propre rôle. J’aurais pu vous dire qu’il s’agit encore d’une belle histoire de kayak, que j’aurais parsemée de mots d’amour, car sans amour, il n’y a pas de vie. J’aurais ajouté un peu de soleil, quelques gouttes de pluie pour faire grimper le niveau de la rivière. J’aurais choisi aux premières images, une belle bâtisse qui fut jadis une minoterie renommée. Une bâtisse longtemps oubliée qui n’attendrait que votre arrivée pour revivre à nouveau et ouvrir grand ses portes.

Les acteurs arriveraient un par un, certains à pied par un chemin détourné, d’autres en moto ou en voiture. Puis pour faire frissonner le spectateur médusé, j’aurais répandu le froid du givre sur les berges de la rivière sous un ciel gris et bas et vous auriez hurlé « premier sur l’eau a gagné ». Alors dans un élan d’hystérie collective, vous auriez troqué votre doudoune contre un gilet de sauvetage et votre bonnet contre un casque en plastique. Vous auriez enfilé un maillot et un K-way si fins qu’ils vous colleraient au corps comme une seconde peau. En guise de couverture, vous auriez pris la sage précaution de mettre une pièce en néoprène, juste assez grande pour que votre embarcation soit étanche. Vous n’auriez pour tout bagage qu’une pagaie et vous seriez allé sur l’eau à la conquête du plaisir. Jusqu’à la nuit tombée, sous les lampions, vous auriez joué inlassablement d’une vague à l’autre en exécutant des figures si belles que certains spectateurs seraient venus vous demander de les amener avec vous sur l’eau en oubliant le froid. Alors le lendemain matin vous les auriez équipés plus chaudement et ils seraient allés sur l’eau comme vous en oubliant l’eau froide et les cristaux de givre. Puis transis de froid, ils seraient sortis de l’eau, les yeux plein de gratitude.

Personne ne vous croirait puisqu’il ne s’agit que d’une histoire. Alors, vous auriez appelé vos amis de Tulle, du Saillant, d’Argentat, d’Ussel ou d’ailleurs et qui font la même chose que vous. Ils seraient donc venus avec des enfants pour qu’ils fassent la même chose que vous. Les enfants auraient fait la même chose que vous, porté les mêmes gilets, coiffés du même casque en plastique, vêtus d’une pièce en néoprène. Armés de leurs pagaies, ils seraient allés sur l’eau conquérir le plaisir de la glisse, parfois dans la souffrance, mais toujours avec autant d’obstination que vous. Bravant le froid glacial, ils auraient dévalé avec noblesse la grande digue du moulin. Ils seraient si fiers de vous ressembler. Parmi eux, déjà se profileraient les acteurs de demain et vous seriez là près d’eux, pour leur compétition à eux. Vous penseriez déjà à la vôtre.

Le lendemain, malgré la neige, malgré les fatigues de la semaine, vous seriez venus au petit jour pour votre compétition, celle qui vous fait vibrer, la même qui a fait vibrer les enfants la veille.

Toute la journée, malgré le froid et la pluie incessante vous seriez restés au bord de l’eau, vous auriez partagé les tâches ingrates de juges de portes, et vous seriez allés sur l’eau pour exécuter vos plus belles prouesses. Vous auriez apporté le mot d’encouragement, le regard. Comme il s’agirait d’une compétition, il fallait bien un vainqueur et les autres derrière. Alors j’aurais posé ma plume et pour faire comme les enfants la veille, j’aurais voulu vous ressembler. J’aurais serré les dents, j’aurais chassé les craintes qui me tenaillent mais je n’aurais pas abandonné. Ca ferait si longtemps que je n’aurais pas fait de bateau. Ca ferait si longtemps que j’en aurais envie. J’aurais tant de plaisir à naviguer, même si je n’apporterais aucun point à mon club. Il me tarderait tant la prochaine fois d’en gagner.

J’aurais trouvé une maladie psychosomatique ou une montagne de devoirs en guise de mot d’excuse pour ceux qui n’auraient pu venir. Lorsque le doute aurait cédé à l’angoisse la place qu’ils ne devraient pas avoir, j’aurais puisé dans votre regard, l’énergie pour aller jusqu’au bout et j’aurais fait de cette histoire un conte rien que pour vous.

 

Momo, 15/12/2008

 

 

La plume et la pagaie (après un slalom sur le bassin du Chambon, rivière Tardoire)

Samedi 22 novembre

Tout est calme. Dehors la nuit est étoilée, veillant avec complaisance sur votre sommeil. A l'intérieur, le gîte est silencieux. J’ai rajouté une bûche dans la cheminée pour entendre le feu crépiter et ronronner doucement. Assis près du feu, je contemple les flammes, caressé par une douce chaleur, puis je ferme les yeux pour mieux apprécier cette quiétude qui m'envahit. Il fait si bon. Les images de cette journée défilent dans ma tête comme des clips vidéo. Il faudra que je note dans mon road book que je viens de faire un petit bout de ma 75ème rivière. Faudrait bien aussi que je raconte une histoire autour de la Tardoire, une histoire comme celles que j'aime écrire à chaque fois que je fais du bateau, une belle histoire comme à chaque fois que je vous retrouve, une histoire vraie autour du kayak, une histoire d'éléphants, de papillons, de naufragé, de boulanger, une histoire de tribu, d'été indien, d'apothéose, de mascaret ou d'autre chose, peu importe. Il faut bien un titre à chaque histoire.

J’ai trouvé une plume au bord d’une rivière, une plume noire et blanche et je l’ai gardée. Je l’imagine encore sur les ailes de cet oiseau fidèle, s’envolant gracieusement dans les airs où les deux tonalités se mélangent en décrivant des mouvements syncopés. Le blanc et le noir ne sont pas des couleurs, ils s’opposent d’ailleurs. Mais dans le noir il y a toutes les couleurs de la Terre, le blanc apporte la noblesse. J’ai pris cette plume et j’ai trempé délicatement la pointe dans l’encre de vos yeux. Au début ça n’a pas été facile. Encore aujourd’hui je commets des erreurs, je griffonne, je rature, je balbutie mais je progresse lentement. Enfin je fais tout pour y arriver. Je n’ai nullement la prétention d’être un bon chroniqueur.

Toutes ces histoires sont des recueils d'instantanés pour lesquelles je ne m'attendais pas à ce qu'elles fassent une telle unanimité. Mais je les ai construites chaque soir après chaque sortie, avec vous, autour de vous. Il y avait tant à dire qu'il fallait bien que je les note pour ne pas les oublier. Alors j'ai saisi des brides du temps, j'ai noté quelques idées, j'ai volé au passage quelques tranches de vie de kayakiste, je les ai toutes empilées pèle mêle à la suite les unes des autres et je suis allé faire un peu de bateau puis je suis revenu ajouter un mot d'amour. J'ai crié sans bruit pour ne pas vous effrayer avec la crainte de ne pas être compris. Mais voilà j'écris comme je fais du bateau parce que j'aime ça. Je fais du bateau comme j'écris parce que j’aime ça. Je sais, je sais que celui qui ne me comprend pas, ne veut pas me comprendre. Simplement et je vous l'ai déjà dit, j'écris le mot kayak comme j'écris le mot passion. Cette passion me dévore encore plus depuis que je vous connais. Et puis, il y a des années que je n'avais pas ressenti cela. Je fais enfin du bateau, grâce à vous.

J’ai trouvé une plume au bord d’une rivière, celle où coule le plus pur des nectars. Elle était noire et blanche, si fine, si légère que je l’ai gardée. J’ai pris cette plume et je l’ai trempée délicatement dans l’eau de la rivière, de chaque côté de mon bateau. Je l’imagine décrivant des mouvements syncopés, profitant de l’eau vive, pour montrer à chaque rivière ma belle équipière. Au début, ça n’a pas été facile. Encore aujourd’hui, je commets des erreurs, je dérape, je balbutie mais je progresse lentement. Enfin je fais tout pour y arriver. Je n’ai nullement la prétention d’être un bon kayakiste.

Pendant la journée je pense au kayak, je me couche le soir en pensant au kayak, en pensant à vous. Je me réveille souvent au petit jour et je pense kayak. La première chose que je fais lorsque j'arrive au boulot, c'est d'ouvrir mon poste d'ordinateur pour vite consulter ma messagerie comme un couillon qui se jette sur sa boîte aux lettres parce qu’il lui manque un bout de rivière et des amis pour la partager.

Alors lorsque le facteur m'oublie et pour ne pas oublier, j'écris tous ces moments de pur bonheur et je suis comme un gosse idiot. J'ai quatorze ans et demi et j'ai encore envie d'être sur l'eau, au milieu de vous. Avec mon compère Roland Blaudy qui me rejoint de temps en temps on n’a pas tout à fait quinze ans et c'est exceptionnel d'être encore dans une équipe cadet. On joue cadet, on doit être les plus vieux cadets du monde. Ca ne nous intéresse plus d'aller sur une compète seuls, sans vous. Ca sert à quoi si vous n'êtes pas là. Vous êtes notre carburant. Sans ce carburant, on n’avance plus. Nous sommes des cadets inscrits au bas d’un classement sur une liste, mais nous avons envie de progresser, grâce à vous. Vous êtes là pour nous aider. J'espère aussi que vous n’oubliez pas de progresser dans votre vie scolaire comme dans votre vie de kayakiste, dans votre vie de tous les jours. Votre avenir est entre vos mains. Nous sommes là pour vous aider. N’oubliez pas, il faut avoir une tête bien faite dans un corps bien fait. Vous voulez être les meilleurs, battez-les sur tous les fronts, vous portez le kayak en vous. Soyez bons sur tous les fronts. A Bagnères de Bigorre j’ai rencontré Sébastien Combot, nous avons parlé de kayak et de vous. Sur la Tardoire, j’ai rencontré Julien Billaut, nous avons discuté de kayak et de vous. Par leur travail et leurs études, par leurs entraînements quotidiens et leur persévérance, ils ont obtenu un statut d’athlète de haut niveau. Ils savent maintenant qu’il y a une équipe en Corrèze.

 

Dimanche 23 novembre

Chacun refait le monde à sa manière, mais un beau soir, à la fin du printemps ou bien est-ce au début de cet été, à cause de vous, pendant que la réalité modelait méthodiquement l’inspiration, Marco, Christophe et tous les cadres avaient déjà imaginé ces deux jours de novembre. Ils avaient imaginé une belle tribu unie et fière d’être de la Corrèze, forte de porter les couleurs de leur territoire. Ils avaient rêvé d’une tribu que les autres regarderaient avec respect, avec envie. Ils avaient secrètement désiré le coup de pagaie audacieux que seuls les meilleurs savent faire. Ils avaient ensuite façonné et distribué les clés de la réussite en disant : « Venez, venez avec nous, on va bâtir ensemble le Pôle Espoir de la Corrèze. Faudra s’entraîner souvent, faudra avoir froid, faudra savoir parfois trébucher. On va aller sur les autres territoires montrer notre belle tribu. On va aller partout sur toutes les courses pour dire que tous ceux qui sont entrés au sein de l’Equipe Espoir de Kayak Slalom de la Corrèze iront à Millau sur le Tarn pour la finale 2009. On ira ensuite aux France à l’Argentière sur la Durance.

Pour que vous soyez fiers et conquérants, pour que les autres vous reconnaissent, vous porterez sur l’eau la même jupe anorak. Vous serez les portes drapeaux de la Corrèze.

Si vous êtes encore plus nombreux que ça, on prendra deux fourgons et si cela ne suffit pas, on ira demander au président du Conseil Général de la Corrèze, un bus 19 places tout neuf aux couleurs de la Corrèze. On aura une grande tente blanche pour se retrouver tous ensemble le soir à la même table.

Aller les gars, aller les filles, montrez que les heures d’entraînement ne sont pas inutiles. Montrez que vous êtes l’Equipe Espoir de la Corrèze ».

Lorsque je suis monté sur l’eau pour ma dernière manche, j’avais en mémoire les gestes élégants de votre course en C1, en C2 ou en kayak. Au moment de mon départ, vous m’avez tous hurlé un énorme encouragement et je suis parti le cœur gonflé de votre force. Lorsque l’autre vieux cadet a pris son élan, vous avez frappé le bord de votre bateau avec la pagaie au point de couvrir la voix du speakeur. Sur les bords de la Tardoire, les spectateurs et les autres compétiteurs ont compris qu’il s’agissait de l’Equipe Espoir de la Corrèze.

Lorsque vous avez franchi avec audace en stop tête la porte rouge, les autres ont longuement applaudi. Je les ai entendu demander « mais qui sont-ils ? ». Ils se sont précipités aux résultats pour voir le nom inscrit en face du numéro de votre dossard.

A la fin de la course, je suis allé me cacher au bord de la Tardoire comme un gosse idiot.

Yoyo, tu as gagné la course de samedi devant le Champion de France en titre et tu avais le dossard 185. Piqué au vif, il t’a ravi la première place dimanche. Il sait maintenant ton nom. Tu peux être content de tes courses. Y’en aura d’autres avant les France, t’es attendu au virage.

Helena, Marco, Pierrot, vous n’avez pu faire que la course de samedi. La prochaine fois, faudra tordre les oreilles du prof et des amis ou les amener sur la course. Ils comprendront tout.

Tonio et Yoyo, Vazda et Lionel, Manon et Helena, vous étiez si beaux en C2.

Jean, c’est que t’en as de la gueule dans ton C1 jaune. Ton père t’a suivi secrètement sur tes courses et tu l’as bluffé. Qu’est-ce que tu préfères, le canoë ou jouer demi de mêlée ?

Guillaume, t’es trop en kayak, sur le bord aussi, ça vient nom d’un chien ! T’as plus aucune raison de dire que tu ne peux pas venir. On t’en voudra si tu ne viens pas.

Rémi, t’as été royal en C1, un prince en kayak.

Vazda, t’as vu ton compère de Lionel en kayak ? Il va te la jouer grave. Continuez, vous êtes sur la bonne voix.

Jérémy, tu veux venir ? Vouai ! tu as raison, viens, y’a encore de la place pour toi. Les Stones étaient au moins quatre. Cherche pas à comprendre, t’as pas encore lu la complainte du naufragé.

Loulou, le prochain mascaret je t’emmène jusqu’à la balise 9. Les autres ne pourront pas nous suivre. C’est trop pour eux 19 minutes de surf.

Miku, dès que tu veux, dès que t’as ton bateau comme moi pour poids lourd, tu pourras les rattraper, mais faudrait venir ramer un peu plus souvent.

Les filles, vous savez que les autres équipes nous jalousent de vous savoir avec nous ?

Jean-Phi, espèce de sac à bière, poche à bonheur, non mais t’as vu Sylvain la belle pirouette qu’il nous a fait autour de la porte 12 ? Il commence enfin à comprendre, lui. La prochaine fois ne regarde pas le chrono, cherche la belle trajectoire, le reste va venir tout seul.

Nicolas, tu nous bluffes dans les portes. T’es fait comme une arbalète, mais t’as de beaux biscotos. Redresses-toi dans tes courses, lèves la tête, t’auras plus d’oxygène dans les poumons. Les biscotos en redemandent.

Tonio il paraît que t’as aussi un autre incroyable talent, celui de sorcier rebouteux. J’ai mal aux cervicales. Tu veux bien me soigner à moi aussi ?

Benoît et Sylvain, y’en a deux de plus qui veulent venir ? Mais les mecs avec plaisir, je vous préviens, vous venez, c’est pour aller jusqu’à Millau, point barre.

Roland mon vieux, combien de points encore nous séparent ? Moins que la fois précédente à ce qu’il me semble. Aller on vise les 500 points, rien que pour les faire bicher à ces Espoirs de la Corrèze.

 

Momo, 25/11/2008

 

 

Définition géographico-sociale du CKU

Il y a de cela des milliers d’années, au moment où l’ère tertiaire annonçait la fin des dinosaures, le Plateau de Millevaches fut le théâtre d’un évènement exceptionnel, arrosé non pas avec du champagne mais avec des mètres cubes d’eau (une fois n’est pas coutume ! !). Tout le monde a bien sûr deviné qu’il s’agissait de la naissance de notre belle et bien aimée Vézère.

         Telle une enfant qui grandit et qui veut découvrir le monde, elle se mit à dévaler les pentes douces du relief corrézien en emportant avec elle, les murmures de liberté des hauts plateaux. Par un matin paisible, alors que la brume envahissait la vallée, notre trépidante rivière arriva face à un obstacle de taille : l’éperon rocheux d’Uzerche. Malgré sa ténacité elle ne put venir à bout de la dureté de ce roc. Résignée, elle décida de le contourner, dessinant ainsi un magnifique méandre, qui donne aujourd’hui à notre belle cité tout son caractère et toute sa singularité.

         Ce n’est que bien des siècles plus tard que des Hommes vinrent s’installer en ce lieu. Les choses se précisèrent vers 1753, avec la construction sur la rive gauche, du Moulin du Receveur, appartenant à M. de Clédat, Procureur du Roi. Le moulin était alors équipé de 4 meules pour le blé, le seigle, et le blé noir, et d’une meule à huile.

Au milieu du 20ème siècle la chute d’eau servit à faire fonctionner une turbine qui produira de l’électricité pour la papeterie d’Uzerche. 

Aujourd’hui, le Moulin de la Minoterie ne produit certes plus d’électricité et pourtant le courant n’a jamais aussi bien passé.

Maintenant c’est la Base de la Minoterie, quartier général du Canoë Kayak Uzerche qui fait vivre notre intrépide Vézère. Le moulin qui s’appelait jadis « Moulin du Receveur » pourrait s’appelait le « Moulin des Donneurs », car tout réside dans ce rapport entre « receveur » et « donneur ». L’important est juste de mettre l’accent sur l’action de ces « Donneurs », ceux qui font vivre la Base, tous les membres du C K Uzerche,  qui donnent sans compter du temps, de l’énergie et  des émotions. S’il fait aussi bon vivre à la Base c’est parce qu’ils ont su lui donner une âme qui mêle harmonieusement la nature, le sport et les valeurs humaines. 

L’avenir promet d’être radieux si le bonheur continue à frapper à la porte du C K Uzerche.

 

Lolotte, 11/11/2008

 

 

La complainte du naufragé (après un stage à Millau)

Jean, Guillaume, Helena, Nico

Antoine, Lionel, Momo

Loulou, Manon, Marco

Peter, Jean-Phi, Pierrot

Rémi, Vazda, Yoyo

Si tu vas à Millau

N'oublie pas ton petit bateau

 

Mercredi 29 octobre, 5h00 du mat, je n'ai pas sommeil.

 

Les teenagers

Sur les bords du bassin nautique de slalom déserté par les kayakistes, la tombée du jour n'offrait plus qu'un halo de lumière diffusé par les lumières lointaines des lampadaires de la ville. Plus au loin, la célèbre architecture du viaduc de Millau se détachait dans le ciel comme un décor de bande dessinée futuriste. De l'autre côté de la rivière, on entendait faiblement le bruit des voitures pressées. Une petite ondée rapidement chassée par une brise légère ne permettait plus de s'asseoir sur les rochers du bassin.

Ils se tenaient debout face à face les mains dans les mains, en se regardant tendrement, avides de ne pas perdre une seconde de plus l'image qu'ils se renvoyaient l'un à l'autre. Puis il saisit lentement entre ses mains le visage de la jeune fille et déposa délicatement un baiser au coin des yeux, juste à la naissance de l'œil, précisément à cet endroit où les larmes apparaissent.

Il l'enlaça en plaçant la tête de la jeune fille contre sa poitrine, déposa un autre baiser sur sa tête et lorsqu'elle leva les yeux vers lui, il vit son regard débordant de bonheur et lui sourit.

Le couple d'adolescents avait la grâce, cette subtile attitude que possède la jeunesse. Puis elle se détacha de lui et se mit à courir en poussant de petits cris, poursuivi par le jeune homme qui riait aux éclats, ravi de ce jeu innocent mais tellement significatif.

Je les observais discrètement tout en rangeant les pagaies et les gilets abandonnés près du vieux fourgon du club.

 

Le ying et le yang

Petit mec, je te regarde jouer. Je te vois devenir un homme et malgré les incertitudes et les difficultés qui se dressent devant toi, tu avances lentement avec sagesse. Sois fier de ce que tu représentes aux yeux de ceux qui t'entourent. Sois digne. Fixes toi des objectifs que tes adversaires ne pourront atteindre qu'aux prix d'énormes efforts. Ta route est tracée. Il y a autour de toi l'amour qui te fait parfois défaut. Tu le voles lorsque personne ne te regarde, puis aussitôt tu le rejettes, effrayé de ton audace, vexé de t'être fait surprendre. Tu fais mal sans le savoir et tu te fais du mal sans le vouloir. Mais on se construit toujours autour de ces étranges antagonismes que sont le bien et le mal, le blanc et le noir, l'amour et la haine.

 

Le sais-tu ?

40 ans nous séparent, le sais-tu ? Dans 40 ans, tu auras mon âge et si la vie veut bien encore de moi, j'en aurai 94. Toi je l'espère, tu feras encore du kayak avec la même passion qui nous anime. Il m'arrive tellement souvent de vous regarder avec jalousie. Je suis fou de votre jeunesse, de votre fougue, de votre insouciance. Je regarde en arrière, mais c'est devant moi que vous êtes.

 

Le berger

Il me plaît à répéter que lorsque tu étais un enfant je te regardais à peine. Je n'étais pas sûr que tu fasses vraiment du kayak. Les années ont passé et te voilà aujourd'hui avec la lourde responsabilité de porter le drapeau que tes prédécesseurs ont porté avant toi avec autant de ferveur. Tu poursuis un idéal qui honore ton travail. Ouvres les yeux de temps en temps, juste pour apercevoir entre deux battements de paupières tous ces briquets allumés. Ils scintillent pour toi.

 

Petite fleur

Il tourne autour de toi comme une abeille en quête de sucrerie. Il préserve la délicieuse fleur de printemps, quémande un regard, une douceur. Il doit savoir que si l’on cueille la rose ou le sauvage coquelicot, ces fleurs perdent leurs délicats pétales.

 

La cohésion

Je vous en parle souvent. J'insiste même au risque de passer pour un vieux schnock. Nous sommes d'une tribu que les autres regardent avec envie. Prouvons à chaque occasion que l’image est bien réelle. Restons soudés, aidons-nous dans les moments difficiles. Portons-nous assistance lorsque la peur engendre la crainte. Vous verrez qu'au plus haut niveau de la compétition, lorsque vous serrez seul face à vous-même, face à vos doutes, vous vous tournerez vers ceux qui vous ont toujours soutenu. Nous serons toujours à vos côtés

 

Il a neigé

Octobre touche à sa fin, laissant apparaître les prémices des rigueurs de l'hiver. Quoi de plus normal en somme que, par ce matin d’automne, la neige ait fait son apparition sur les falaises des gorges du Tarn. Étrange paradoxe où l'on imagine cette rivière inondée de soleil, avec son cortège de touristes envahissants ses berges, désireux de se rafraîchir dans les rapides.

Mais il n'y aura jamais d’invasion de ces hordes craintives dès les premiers frimas. Seuls quelques groupes de jeunes intrépides osent se délecter des seuils et des vagues du bassin de slalom de Millau. D'ailleurs, il ne fait pas si froid, à peine quelques frissons au moment d'enfiler la tenue encore humide de la veille, juste une petite onglée à l'échauffement. Bien vite, les doigts se réchauffent autour de la pagaie, les muscles sollicités par les efforts dégagent les calories nécessaires et l'exercice est répété jusqu'à ce que la réussite devienne l'enjeu, le jeu.

 

Et toi ?

Je te vois évoluer à la recherche de toi-même. Sans bruit, tu poursuis la quête de ton Graal. Tu oscilles entre le doute et la pugnacité. Tu y arriveras, ta moisson aussi.

 

La lutte inégale

Je n'ai aucune chance de vous rattraper. Vous avez bien trop d'avance et j'ai bien trop de retard sur vous, mais j'ai tant aimé ce duel, cette lutte inégale où vous n'aviez rien à perdre et moi tant à gagner. De cette joute, vous en êtes sortis heureux et moi un peu plus fier de vous voir aussi forts.

 

Navigation sous les lampions

Quel beau cadeau que cette séance nocturne. Quel bel hommage, quelle belle preuve de reconnaissance de la part d'un type qui a su déceler au cours d'une de vos séances d'entraînement, la passion qui vous anime. Ils ne doivent pas être nombreux ceux qui ont eu cette chance.

 

La différence

-          Momo, quelle est la différence entre un pont et un viaduc ?

-          Je ne sais pas, ça permet d’aller de l’autre côté, non ?

-          Un pont enjambe une rivière ou une route. Un viaduc franchit une vallée.

-          Merci mon bon. Ce soir je me coucherai un peu moins couillon.

 

Les crêpes

Quelle délicate attention pour des petites nanas. Vous avez ce petit plus qui force le respect des grands, des adultes comme on dit. On fait des crêpes quand il fait froid dehors et qu’on est bien à la maison, au chaud tous ensemble.

 

Et toi ?

Tu sais qu'ils te regardent avec leurs yeux tout neufs. Ils t'écoutent, te suivent et t'admirent. Ce n'est pas toi qui a de la chance de les avoir, ce sont eux qui ne se rendent pas compte de posséder une telle mine d'or.

 

Il a suffit

Il a suffit qu'un autre groupe avec quelques nanas vienne partager le gîte pour qu'il y ait la révolution. Qui plus est, dans ce groupe, y’en a qui font du rodéo, même pas de vrais compétiteurs. Alors on fait les cacous, on marche pieds nus, on retrousse le bas du pantalon. Que je sache, on est des sportifs, on n'a pas peur, même pas froid ce soir. Oui mais bande de nunuches, demain va y avoir des malades.

 

Le lendemain

Qu'est ce que je vous disais :

-         J'ai mal à la gorge, je crois que j'ai attrapé froid.

-         Imbécile heureux, triple buse. Vas chier dans ta caisse. Vas donc te faire soigner, t'as l'air malin maintenant. Moi si j'étais Marco, je t'interdirais de navigation. Je te préviens, t'as pas intérêt à te plaindre, espèce de cadoche. Non mais.

 

Les gorges du Tarn et les gorges de la Jonte, à droite ou à gauche ?

Le Canoë Kayak, c'est la Liberté, rien que la Liberté. Alors on prend la liberté de faire une pause, d'aller prendre l'air un peu plus loin, de voir autre chose. Mais merde, crotte de bique, j'aurais bien aimé faire le tour complet de cette rando. Dommage qu'on n’ait pas eu le temps. Le prochain coup, faudra y revenir avec un bon gros morceau de soleil dans le sac à dos. C'est que je vous ai entendu siffler et chanter tout le long du chemin. Ca m'a fait un bien fou.

 

Le poireau

Je n’aurais jamais cru qu’un poireau puisse vous faire autant parler. Mais au fait, qu’avez-vous dit au poireau ? Pourquoi et comment a-t-il pu vous faire parler ?

 

Samedi 1er novembre

C'est déjà fini. Mon Dieu que cette semaine est vite passée. Qu'est ce qu'on était bien ensemble.

 

L'autre, il est un peu fada de vous affubler de tels surnoms.

Oui c'est ça, il est fada de vous et ça se voit.

 

Buzz l'Eclair et Charles Ingalls. Ils te vont comme un gant à chaque main. Plus tu viendras à la Base, plus tu feras du bateau. Plus tu feras du bateau, meilleur tu seras. Tu peux me croire, t'es entré dans un cercle infernal d'où il te sera difficile de sortir.

 

Highlander. T'es même pas un Minoteur et pourtant en moins de deux jours tu as su sans effort te glisser au sein de cette équipe de bras cassés. Viens donc un peu plus souvent ramer avec eux, tu auras mal aux bras le soir et tu auras encore plus mal au coeur lorsqu'il faudra rentrer à la maison.

 

Rahan, le fils des âges farouches. Mon pauvre ami, te voilà comme aux premiers jours à faire tourner ton coutelas pour décider quelle route suivre. J'ai souri puis j'ai ri aux éclats de cette métaphore. Ce personnage fait partie de nos fantasmes, sans doute de mes idéaux. Dommage que tu ne sois pas venu.

 

Le dernier des Mohicans. On n'allait certainement pas te laisser tout seul dans cette galère. On est plus fort lorsqu'on est nombreux. Mais ce n'est pas pour cela que tu as quitté un clan pour rejoindre un autre. Non, simplement y'avait un clan qui te saluait, tu es venu dire bonjour et t'es plus reparti.

 

Petit Jean. Tu te vois toi avec les cheveux en bataille et tes petits bras musclés, fidèle compagnon de Robin des Bois courir après un idéal ? C'est que sans faire de bruit, petit à petit, tu es en train de gravir des échelons. Il en a de la chance ton vieux. Tu peux en être fier. Il faut que tu restes sur la Dordogne à Argentat, tu es du Malpas. Tu en portes les couleurs. Les portes de la Minoterie te sont ouvertes, y'a pas de problème, tu viens quand tu veux, mais à pied. Je ne veux pas que ton pater vienne s’entraîner et me foutre la raclée à chaque course. Point barre.

 

Mike Jagger. Va savoir qui. Ce n'est pas l'autre fada qui t'appelle comme ça. C'est moi. Y'en a un qui m'a dit que dans ton groupe de deux, t'étais co-leader. Sans faire de bruit, avec ton pote aux percussions, vous êtes devenus les portes drapeaux de votre clan. Dommage qu'il y ait toute cette route à faire pour venir nous voir. Un de ces jours, on va monter chez vous faire un méga festival de la glisse, on fera un tabac ce jour-là. J'en connais deux fous furieux qui seront bien contents. Ils n'auront pas bossé pour rien.

 

Air Wick. Alors là, y’a rien à dire. Tout est en finesse. Respirez à plein nez, ça va dégazer.

 

Le Coréton ou le Brezien. Une nouvelle race de déménageurs qui déménage.

 

-          Mais qu'est que tu racontes ? C'est bien la première fois que tu ne dis pas un mot sur le kayak, ça ne va pas ?

-          Mais si ça va, fous moi la paix veux-tu ? Si je raconte des histoires de kayak, de mascaret, tu me répètes à chaque fois que tu connais la rengaine, que mon disque est rayé, que...

-          Mais non, c'est pas vrai. Je les aime bien tes histoires.

-          Je suis sûr que tu ne les lis pas toutes, personne ne les lis vraiment, personne ne sait rien.

-          C'est ça, t'es pas bien. Y'a un problème, dis-moi ?

-          Ca va, j'te dis. Je n'arrive pas à dormir et puis j'ai fait un cauchemar. C'est tout.

-          Un cauchemar, quoi comme cauchemar ?

-          Tu ne peux pas comprendre, même moi je n'arrive pas à comprendre. Ce n'est pas vraiment un cauchemar. C'est comme quand la fête est finie, tu sais c’est un peu comme après avoir passé des jours et des jours avec ceux que tu aimes ou après les France à Bourg. Y'a plus personne, c'est le désert. T'es comme un naufragé échoué sur la grève et qui se retrouve seul.

-          Mais qu'est ce que tu me racontes ? Le stage n'est pas fini que je sache ? Aujourd'hui, y'a la course de slalom au Daumail. T'es en Corrèze, tu dors à la Base de la Minoterie, y'a du monde à côté qui roupille. Bon d’accord c'est vrai qu'il est un peu tôt mais je suis sûr que les autres vont bientôt arriver. C'est bien ce que tu veux ?

-          Oui, t’as raison, je déraille. Les voilà, ils arrivent, on y va à cette course au Daumail ?

 

De l’exercice à la pratique

Fallait bien mettre en application les consignes des entraîneurs. Faut avouer que chaque rivière ne ressemble à aucune autre et qu’il en faut du temps pour avoir de l’expérience.

Les autres savaient que vous étiez en stage slalom à Millau. Certains ont baissé les yeux lorsque vous les avez croisés, d’autres vous ont regardé avec envie. Ils savaient. Discrètement, ils vous ont observé. Moins d’une heure avant la course, ils ont vu ce groupe de conquérants, soudés, écoutant les derniers conseils du coach. J’ai tout vu et ça m’a fait chaud au coeur. A l’issue de la première manche, je vous ai vu, alors que vous étiez suivis par des oreilles étrangères, indiscrètes et fascinées, je vous ai entendu discuter du meilleur placement de bateau, proposer le coup de pagaie audacieux comme à l’entraînement, batailler avec acharnement sur la tactique à adopter. Mais ils ont applaudi l’esquimautage, salué avec respect le visage rayonnant malgré un bain. Ils ont été bluffés par la seconde manche. Après la course, ils ont vu une bande d’allumés se défouler dans les rapides du Daumail. Vous en vouliez encore et encore.

 

La saison n’est pas finie. Au contraire elle ne fait que commencer car c’est l’heure des semailles. Encore deux ou trois courses, quelques réglages et ils verront. Ils verront la belle moisson qu’on va leur faire.

En attendant, y’a de l’eau dans la Vézère et dans les autres rivières. On va y aller, on va leur montrer de quel bois on est fait.

 

J’allais oublier

Sans vous, je ne serais jamais venu à ce stage. Merci, merci de m’avoir offert un si beau cadeau d’anniversaire.

 

Momo, 04/11/2008

 

 

Un stage en apothéose (après un stage estival à Bombannes)

Je lui avais envoyé un message en lui proposant de participer à notre dernier rendez-vous de la saison. Je lui avais demandé qu’il garde quelques-uns uns de ses beaux jours pour venir sur la côte atlantique. Je lui avais dit que se serait vraiment chouette de sa part s’il venait à Bombannes. Je lui avais dit combien ils seraient heureux s’il arrivait au petit matin pour leur faire la surprise.

Il m’avait demandé en souriant :

- Tu crois que si je viens, ils vont me regarder ?

En fermant les yeux, j’avais secoué la tête lentement,

- Bien sûr que non, tu sais bien que personne n’ose te regarder en face, mais ta présence est tellement indispensable que si tu ne venais pas, ils ne viendraient pas. Ils seraient malheureux et moi aussi. Tu le sais bien, n’est-ce pas ?

- Oui, bien sûr que je le sais, mais c’est pour te faire marcher. Je voudrais que tu me dises pourquoi tu voudrais que je participe à ce stage, justement à cette période de l’année. Je te rappelle qu’après ils doivent reprendre le chemin de l’école ou du boulot. Tu crois que ça va être facile pour eux ? Mais au fait, qui vient à ce stage ?

Une bouffée de bonheur me troubla la vue un instant car je sentais bien qu’il avait envie de venir :

- Ils vont être une bonne vingtaine. Il y a Marco, Sophie et leur petiote Suzanne qui seront là dès le lundi. Ils ont loué un petit chalet sympa. Je crois qu’ils ont vraiment besoin d’un peu de repos après cette grande saison 2008. Avec Manon et Lulu, ils seront donc cinq. Je rejoindrai les autres qui arrivent le mercredi en fin de matinée avec deux voitures et deux fourgons chargés à bloc de tout le barda de camping, une remorque de VTT, une remorque de kayaks. Matthias conduira le fourgon du club et Michel, un gars qui se plaît bien au club va venir avec le fourgon de son asso. J’ai pas tout saisi, mais je crois qu’il bosse avec une asso qui s’occupe d’handicapés. Il a une sacrée pêche. Il vient avec sa copine. Y’a aussi Laurence qui vient avec sa petite Clara, Pierrot, Mathilde, Jean-Phi, Loulou, Gürgen, Rémy, Tonio, Nico, Aurélien, Helena, Laura. Christophe, Mathieu et Alice n’arriveront que jeudi.

Son sourire se transforma en un grand éclat de rire :

- Mazette, mais c’est que ça fait une sacrée tribu, tout ce monde.

- Détrompes-toi, les autres n’ont pas pu venir, on aurait dû être plus nombreux.

- Tu penses que c’est une bonne idée de faire un stage à Bombannes ?

- Oh ! Que oui, c’est une idée géniale. On va faire du VTT en forêt sur des pistes super agréables. On emportera le pique-nique, on ira à la plage se baigner dans les vagues, on fera du kayak surf, on creusera de grands trous dans le sable, on jouera au cerf-volant s’il y a assez de vent.

- C’est pas vraiment un stage de kayak, ça fait plutôt penser à une grande famille en vacances !

- Oh ! Si et bien plus que tu ne crois. On accrochera à un arbre le drapeau de la FFCK et le fanion de la Tribu et on terminera ce stage par le mascaret sur la Dordogne.

- Le mascaret, c’est pas cette vague formée par la rencontre de la marée montante et le courant descendant de la rivière ? J’ai vu des reportages à la télé. Les gars surfent cette vague pendant plus de 10 minutes sur plusieurs kilomètres. Ils sont sacrément forts de tenir aussi longtemps.

- Exact, en plus comme c’est la période des grandes marées d’équinoxe, la vague sera plus haute que les autres jours, notamment près du port de Saint-Pardon car la rivière est profonde d’à peine 1,50m.

- Elle est si haute que ça cette vague ?

- A cet endroit, avec un gros coefficient de marée et un faible niveau d’eau de la rivière, la vague peut atteindre presque deux mètres de hauteur. Cette année elle ne sera pas très puissante parce que EDF vidange 2 barrages au dessus d’Argentat et il y aura trop d’eau dans la Dordogne.

- Mais dis-moi, ces gars qui surfent le mascaret, y’en a qui ont surfé les plus grosses vagues du Pacifique ? Ils aiment bien le mascaret de la Dordogne ?

- Oh ! Oui Ce mascaret est tellement mythique, qu’ils le surfent même la nuit à quatre ou cinq heures du matin. J’ai mon copain  Patrick Audoy qui a surfé le plus gros mascaret en Chine. Ils lui ont même consacré toute une émission à Thalassa. Tu peux lui demander de t’amener sur sa planche de surf, il se fera un plaisir de te faire partager cette fabuleuse sensation.

- Tu crois que les jeunes de ton club sont capables de surfer le mascaret de la Dordogne à côté de telles stars de la glisse ?

- Alors là, j’ai lancé un défi à tous les surfeurs et à tous les kayakistes qui viennent à Saint-Pardon. Je leur ai dit que je venais avec une équipe formidable de Corréziens et qu’ils allaient leur montrer que le CK Uzerche sait faire.

- Et alors ?

- Alors, ben t’as qu’à venir et tu verras. Samedi, c’est la fête annuelle du mascaret. Il y a au programme, défilé de la fanfare, dégustation d’huîtres et grands vins de Bordeaux, repas avec entrecôtes grillées et frites fraîches, concert gratuit.

- Et les parents dans tout ça, qu’est ce qu’ils en disent de ce stage ?

- Lorsqu’ils liront le bonheur sur les visages, lorsqu’ils verront qu’ils sont bronzés comme des petits pains au lait, ils seront conquis. J’en suis sûr.

- Tu m’as conquis et cette idée de stage m’a complètement séduit. Il émane de ton club un bel esprit de cohésion et ça me plaît bien. Laisse-moi un jour ou deux pour chasser ces vilains nuages qui traînent encore et je vais venir.

- Oh ! merci Soleil. Tu peux pas savoir comme ils vont être contents de savoir que tu vas venir aussi.

 

Momo, 01/09/2008

 

J'aurais dû être boulanger (après un week-end à Orthez)

à toi,

à mon CKU,

 

Vous le faites exprès ou quoi ?

Non, ce n'est pas possible, vous ne le faites jamais exprès. Chez vous c'est naturel, vous êtes comme le bon pain qui sort du four du boulanger.

D'abord on pousse la porte de la boulangerie pour acheter sans conviction le pain quotidien comme on s'inscrit dans un club en se disant : "tiens je vais faire du kayak pourquoi pas, faut bien manger, faut bien passer le temps".

Et puis il y a cette odeur délicieusement chaude, si délicate qu'elle vous enivre. Mais qu'elle est sympa cette boulangerie !  Allons bon, voilà que l'on se prend à aimer maintenant les parfums de la nature, la froidure des rivières en hiver, les longues heures d'entraînement et même à oublier les moments de lassitude.

Le boulanger a longuement pétri sa pâte avec méthode car il ne sait jamais ce qui va sortir du four. Il y a ensuite, tous ces pains fièrement déposés dans les paniers par celui qui les a façonnés des heures et des heures durant. Il répètera ses gestes chaque nuit pendant des mois et puis un beau matin sortira du four le pain qui fera sa renommée.

La couleur dorée donne envie de mordre à pleines dents. Entre les mains, le pain est encore chaud à coeur, croustillant à souhait. C'est celui-là qui sera servi à table pour faire honneur à tous les amis, à ceux qu'on aime.

Peut-on s'imaginer à cet instant que ce pain là, c'est le blé semé à la fin de l'automne, longuement mûri par tous les temps et moissonné aux plus beaux jours qui donne autant de bonheur. Et du bonheur, vous en avez servi tout au long de ce week-end à Orthez.

On espère toujours la moisson la plus belle, mais la récolte est suffisamment fructueuse pour en espérer une autre.

L'important c'est que dans toute la région, partout en France les gens disent que là-bas au creux de la Perle du Limousin, il y a une Minoterie qui sélectionne les meilleurs blés et juste à côté il y a une boulangerie qui donne les meilleurs pains.

 

Momo, 10/06/2008